5 novembre 2026
Alliance de travail avec un coach IA : ce que la relation tient
Cet article s'adresse aux coachs qui se demandent ce que l'IA peut tenir dans la relation d'accompagnement, et ce qui reste humain. Il lit une étude récente, en précise la portée, puis propose un regard systémique sur ce que la relation de coaching construit dans le temps.
Ce que dit l'étude de 2024, et ses limites
Amber Barger (Teachers College, Columbia University) a publié dans Frontiers in Psychology un essai contrôlé randomiséÉtude où les participants sont répartis au hasard entre plusieurs groupes (par exemple coach IA ou coach humain), pour comparer les résultats de façon rigoureuse. sur l'alliance de travailQualité de la relation de collaboration entre coach et coaché : accord sur les buts, sur la manière de travailler et confiance mutuelle. en une seule séance de 60 minutes. Cinquante-deux étudiants de master ont été répartis au hasard entre un coach IAProgramme d'intelligence artificielle conversationnel qui mène des séances d'accompagnement avec une personne, à la place ou en complément d'un coach humain. et un coach humain. L'alliance est mesurée par un questionnaire de 12 questions (le Working Alliance InventoryQuestionnaire court qui mesure l'alliance de travail à partir des réponses du coaché, sur les objectifs, les tâches et le lien., forme courte). Les scores sont élevés dans les deux groupes : 74,5 pour le coach humain, 72,7 pour l'IA, sur un maximum de 84. La différence n'est pas significative.
Trois précisions changent la lecture :
- L'IA était simulée. Selon la méthode du Wizard of OzMéthode de recherche où une personne cachée joue le rôle d'un système censé être automatique, sans que les participants le sachent., cinq coachs humains certifiés ICFInternational Coaching Federation, association professionnelle internationale de coachs, qui publie un référentiel de compétences du coach. jouaient l'IA derrière l'écran. L'étude compare donc des coachs qui se présentent comme humains et des coachs qui se présentent comme une IA, pas un vrai programme autonome.
- L'échantillon est petit. Le calcul de puissance des auteurs en demandait 102. Avec 52 personnes, « pas de différence significative » ne veut pas dire « équivalent ».
- Une séance, un public particulier. Des étudiants d'une même université, avec une expérience préalable du coaching, et une seule rencontre.
Un article de People Managing People évoque aussi une étude de 2026 selon laquelle l'IA fonctionne pour des objectifs structurés sans remplacer un développement fondé sur la relation. Nous n'avons pas pu identifier l'étude d'origine : nous la laissons de côté.
Ce que mesure l'alliance de travail
Le concept vient de la psychothérapie. Il décrit trois composantes :
- les objectifs : sommes-nous d'accord sur ce que nous cherchons ?
- les tâches : les moyens de la séance ont-ils du sens pour le coaché ?
- le lien : un climat de confiance s'installe-t-il ?
C'est le ressenti du coaché, mesuré après la séance. Il dit que, pendant une heure, la relation a paru solide. Il ne dit rien de la solidité de ce lien à la quatrième séance, quand le coaché est mal à l'aise, ni de ce qui se passe entre deux rendez-vous.
Lecture systémique : une relation qui se construit
Pour une approche systémique, la relation de coaching n'est pas un lien entre deux personnes, c'est un système qui se construit dans le temps, avec ses règles, ses attentes et ses boucles. Quelques éléments échappent à une mesure en une séance :
- La durée. La confiance se prouve quand quelque chose a été risqué, puis tenu. Les ruptures d'allianceMoment où la confiance entre accompagnant et accompagné se dégrade, avant d'être réparée en en parlant ensemble. et leur réparation font partie de l'alliance.
- L'entre-deux séances. Ce que le coaché fait de la séance, ce qu'il en dit autour de lui. Une IA disponible à toute heure change ce rythme, pour le meilleur (on s'exerce) et pour le moins bon (on évite l'inconfort d'attendre).
- Le système autour du coaché. Son équipe, son manager, son organisation. Un coach humain peut explorer ces liens avec des questions circulairesQuestion qui fait apparaître les liens entre les personnes : « Quand elle fait cela, que faites-vous ? » Elle rend visible la boucle sans désigner de coupable. (voir le modèle de Karl Tomm) et se trouve lui-même partie prenante du système. Une IA peut poser ces questions, mais elle ne partage ni le contexte ni la responsabilité de ce qui suit.
- La responsabilité. Quelqu'un répond de l'accompagnement, de ses limites et de ses effets. Avec une IA, qui est ce quelqu'un ?
Si l'alliance paraît « suffisante » dès la première séance, la question utile devient : qu'attendons-nous d'une relation de coaching, au-delà de ce ressenti ?
Quand l'IA aide, quand elle ne suffit pas
Elle aide pour s'exercer, structurer une réflexion, préparer une conversation difficile. Elle ne suffit pas quand l'enjeu est une situation fragile, un conflit dans un système, une décision lourde. Entre les deux, tout est affaire de cadre, et de transparenceIci, le fait de dire clairement au coaché quand une intelligence artificielle intervient dans l'accompagnement, et ce qu'elle fait de ses données. : le coaché doit savoir quand une IA intervient.
Côté déontologie, le cadre de l'ICF sur le coaching IA (novembre 2024) place la transparence parmi ses six domaines. Le code de déontologie 2025 demande aux coachs de rester responsables quand ils utilisent des outils comme l'IA, et d'en informer leurs clients. Nous renvoyons aux pages officielles pour les termes exacts. Le ticket évoquait un groupe de travail de l'ICF sur la gouvernance éthique de l'IA : nous n'avons pas pu le confirmer, donc nous ne l'affirmons pas.
Regard critique
Forces de l'étude : protocole randomisé, mesure reconnue, résultat qui interroge nos certitudes. Limites : petit échantillon, IA simulée, une séance, public étudiant. Elle montre qu'un ressenti de lien peut naître vite, pas qu'il tient. Il ne s'agit ni de célébrer l'IA ni de la rejeter : mieux vaut décider, au cas par cas, de ce que nous lui confions.
Le pense-bête
| Cinq questions | Pourquoi |
|---|---|
| Quel est l'objectif, et est-il structuré ? | L'IA est plus à l'aise avec des objectifs clairs |
| Qui répond de l'accompagnement ? | La responsabilité reste humaine |
| Le coaché sait-il quand l'IA intervient ? | Transparence et consentement |
| Que se passe-t-il entre deux séances ? | Le système et le temps comptent |
| Que ferons-nous si la relation se tend ? | Rupture et réparation demandent un humain |
Sources
- Barger, Artificial intelligence vs. human coaches: examining the development of working alliance in a single session, Frontiers in Psychology, 2024 (anglais)
- Même étude sur PubMed (anglais)
- ICF, cadre et standards pour le coaching IA, novembre 2024 (anglais)
- ICF, ce qu'il faut savoir du code de déontologie 2025 (anglais)
- Résultats du coaching IA, People Managing People, 2026, source secondaire