Ça marchait en local.

S'entraîner aux questions de Tomm avec une IA, jusqu'où ?

Cet article s'adresse aux coachs et aux praticiens de l'entretien systémiqueFaçon de mener un entretien qui s'intéresse aux relations et aux boucles entre les personnes plutôt qu'à un individu seul. Les questions circulaires en sont l'outil central. qui se demandent si un assistant conversationnel peut les aider à travailler leurs questions. Il reprend les quatre familles de Karl Tomm et regarde, famille par famille, ce qu'un grand modèle de langageProgramme d'IA entraîné sur d'énormes quantités de textes, qui produit des phrases plausibles en prédisant la suite. Les assistants conversationnels comme ChatGPT reposent sur ce type de programme. sait faire et ce qu'il ne voit pas. Il se termine par des usages sûrs et un pense-bête.

Précision d'honnêteté : je n'ai trouvé aucune étude sur l'IA et l'entretien systémique en particulier. Ce qui suit combine une étude sur la thérapie et une grille de lecture à tester par vous-même.

Ce que dit la recherche, et ce qu'elle ne dit pas

Une équipe de Stanford et d'autres universités (premier auteur : Jared Moore ; dernier auteur : Nick Haber) a publié en avril 2025 un préprintVersion d'un article de recherche diffusée avant sa relecture par des pairs. Elle peut changer ensuite. intitulé Expressing stigma and inappropriate responses prevents LLMs from safely replacing mental health providers1. Ses constats :

  • les modèles testés montrent des préjugés envers certaines pathologies (l'alcoolisme et la schizophrénie sont jugés plus sévèrement que la dépression) ;
  • ils répondent mal à des situations de crise, notamment parce qu'ils ont tendance à la complaisanceTendance d'un assistant d'IA à donner raison à son interlocuteur, à valider ses idées plutôt qu'à les questionner (en anglais, sycophancy). : ils confortent au lieu de questionner ;
  • l'alliance thérapeutiqueQualité de la relation de confiance et d'accord sur le but entre la personne accompagnée et son accompagnant. Elle est reconnue comme un facteur majeur de réussite, en thérapie comme en coaching. repose sur des caractéristiques humaines (identité, enjeux partagés) qu'ils ne peuvent pas reproduire.

Les auteurs concluent que ces modèles ne devraient pas remplacer les thérapeutes. Clubic en a rendu compte en français le 14 juillet 20252. Deux limites : l'étude porte sur la thérapie, pas sur le coaching, et elle ne teste pas l'entraînement d'un professionnel. Elle sert de garde-fou, pas de verdict sur notre usage.

Les quatre familles face à un assistant

Voici une grille de lecture. Les colonnes du schéma sont des hypothèses issues du fonctionnement de ces outils, à vérifier avec vos propres essais.

Les quatre familles de questions de Tomm et ce que l'IA peut en faire à l'entraînement FAMILLEL'IA PEUT AIDER À…ELLE NE VOIT PAS… LinéairesCirculairesStratégiquesRéflexives lister les faits à clarifierreformuler en bouclerepérer la pression cachéeproposer des variantes ce qui reste non ditles personnes réellesle risque de braquerl'instant juste
Grille d'entraînement : l'IA aide à travailler la forme des questions, jamais à juger du moment ni de la relation.

Les questions linéaires

Un assistant liste volontiers les faits à éclaircir avant un entretien. Il ne perçoit pas ce que la personne n'ose pas dire. Le risque est faible : c'est la famille la moins délicate.

Les questions circulaires

C'est l'usage le plus prometteur : vous écrivez une question linéaireQuestion qui cherche une cause ou un fait chez une personne : « Pourquoi Paul bloque-t-il ? » Elle suppose une explication simple. (« Pourquoi Paul bloque-t-il ? ») et vous demandez une version circulaireQuestion qui fait apparaître les liens entre les personnes : « Quand elle fait cela, que faites-vous ? » Elle rend visible la boucle sans désigner de coupable.. Exemple de consigne : « Voici ma question. Reformule-la en question circulaire, sans désigner de responsable, et donne trois variantes. » Mais l'assistant ne connaît qu'un seul interlocuteur, vous. Il invente des liens plausibles entre des personnes qu'il ne voit pas : la boucle qu'il décrit est un modèle, pas le système réel.

Les questions stratégiques

Demandez-lui de relire vos questions et de dire lesquelles poussent dans une direction. Il repère souvent les conseils déguisés en questions (« Et si vous lui disiez non ? »). Il ne mesure pas le risque de braquer cette personne-là, à ce moment-là.

Les questions réflexives

L'assistant propose facilement des variantes de questions réflexivesQuestion qui invite la personne à imaginer d'autres possibles et à trouver elle-même ses pistes : « Si demain c'était réglé, que remarqueriez-vous en premier ? », parfois un peu génériques (« Que se passerait-il si… ? »). Or une telle question tient à l'instant et à la personne. Utilisez-le pour élargir votre répertoire, puis choisissez ou réécrivez.

Le piège de la validation

Le vrai danger n'est pas qu'il se trompe de question : c'est qu'il valide. Si vous lui exposez une situation et votre hypothèse, il a tendance à vous donner raison. Un entretien systémique repose au contraire sur la neutralité et la curiosité. Pour contrer cet effet, demandez-lui explicitement des hypothèses opposées à la vôtre, et traitez ses réponses comme des pistes à discuter, pas comme des constats.

Limites et usages sûrs

  • Entraînement, oui. Reformuler, préparer, relire ses questions après coup, jouer un entretien fictif avec un personnage inventé.
  • Accompagnement de personnes en difficulté, non. Les constats de l'étude sur la crise et les préjugés valent ici avec force.
  • Alliance et responsabilité restent entre humains. C'est la personne accompagnée qui nous fait confiance, et c'est nous qui répondons de l'entretien.
  • Confidentialité. Ne saisissez ni noms, ni situations identifiables, sans accord et sans connaître l'usage que l'outil fait des données. Anonymisez, ou inventez un cas voisin.

Regard critique

  • Forces : un partenaire disponible, patient, qui produit vite des variantes. Il rend visible notre répertoire de questions.
  • Limites : peu de sources sur cet usage précis, un seul interlocuteur visible, aucune perception du non-verbal. Les observations ci-dessus sont des hypothèses à tester, non des résultats mesurés.
  • Vigilance : prendre la fluidité des réponses pour de la justesse, et déléguer peu à peu l'effort de formuler soi-même.

Le pense-bête

Consigne En une ligne
Annoncer le cadre « Tu es mon partenaire d'entraînement, pas mon conseiller »
Demander le contraire Exiger des hypothèses opposées à la mienne
Travailler la forme Reformuler linéaire vers circulaire, avec variantes
Anonymiser Aucun nom ni cas identifiable
Garder la main Je choisis, je réécris, je pose la question moi-même

Sources

  1. Moore, Grabb, Agnew, Klyman, Chancellor, Ong et Haber, Expressing stigma and inappropriate responses prevents LLMs from safely replacing mental health providers, arXiv:2504.18412, 25 avril 2025, en anglais. L'étude elle-même : la méthode, les scénarios testés auprès des modèles d'IA et les réponses inappropriées relevées. ↑

  2. Cette étude le confirme : les chatbots IA sont loin d'être prêts à jouer les thérapeutes, Clubic, 14 juillet 2025. Un compte rendu en français de l'étude, plus rapide à lire que l'original. ↑

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